Recollection du personnel au Centre Spirituel de Bonamoussadi le 03 Décembre 2022 Composition de fin trimestre 1 au Second cycle EST Du 28/11/2022 au 02/12/2022
Recollection du personnel au Centre Spirituel de Bonamoussadi le 03 Décembre 2022 Composition de fin trimestre 1 au Second cycle EST Du 28/11/2022 au 02/12/2022

Thème de l’année: “Lasalliens aujourd’hui, sel et lumière pour nos jeunes, hommes et femmes de foi et de zèle”

L’esprit lasallien dont nous sommes invités à parler ici est bien employé dans la formulation de notre thème comme étant le « sel et la lumière ». Avec la symbolique du sel, on que celui-ci donne de la saveur à nos aliments. Quel type d’enseignement et d’éducation donnerons-nous à nos gens s’il vient à manquer l’esprit lasallien ? vers quelle destination mènerons-nous ces jeunes gens si nous ne sommes pas lumière ? Par nos propos, nous devons nous souvenirs des propos de Paul VI qui disait que « les jeunes ont plus besoin de disciples que de maîtres et si ceux-ci venaient à suivre les maîtres, cela voudrait dire que ces derniers sont devenus des disciples ». En d’autres termes les jeunes ont plus besoin de personnes d’exemples que de donneur de leçon ; ce que nous faisons devrait parler plus fort que ce que nous disons pour que nous soyons sel et lumière. Le seul moyen pour nous d’être exemple pour nos jeunes en étant sel et lumière, c’est d’intégrer l’esprit lasallien dans ce que nous faisons ici dans le collège ; que nous soyons enseignant, personnel de service ou d’administration.

  • Être lasallien c’est intégrer un esprit et une dynamique de mission

En intégrant cet esprit, on peut objectivement se dire lasallien mais de quel esprit parle-t-on concrètement ? pour répondre, il convient de préciser qui est lasallien aujourd’hui.

            Le lasallien est une personne qui se considère porteur de l’héritage de Jean-Baptiste de La Salle et l’affirme fièrement. Motivé par son engagement, il se déclare, tout comme les Frères eux-mêmes, cœur, mémoire et garant de la mission que nous partageons dans l’école et dans tous autres lieux éducatifs appartenant au réseau.

Être lasallien, c’est avant tout une manière de vivre, d’être porteur des valeurs quel que soit la religion au quelle nous appartenons, et qui s’enrichissent dans le partage. Par conséquent, être Lasallien ne signifie pas appartenir à une culture ou à une croyance religieuse particulière ; même si La Salle trouve ses origines dans le catholicisme. Ceci montre bien l’ouverture plurielle des personnes présentes dans nos écoles. Aussi cette conviction a rendu possible l’existence et la pertinence de Lasalliens professant d’autres religions que la religion catholique ou même de collaborateurs qui ne souscrivent à aucune croyance religieuse ou se définissent comme indifférents. Grâce à ces Lasalliens non catholiques, le monde de La Salle est plus universel et plus fraternel. D’ailleurs à ce propos, un certain nombres Supérieurs généraux ont fermement déclaré qu’il y a des Lasalliens qui sont membres d’autres religions, ou même non-croyants. Le document de la Mission Partagée l’indique clairement :

« Tous les éducateurs qui travaillent dans les écoles et œuvres lasalliennes sont donc invités à partager les principes communs et les accents particuliers qui sont essentiels à l’héritage lasallien[1]. Dans la mesure où ces éducateurs sentent qu’ils peuvent apporter leurs propres dons particuliers à l’éducation lasallienne, ils peuvent légitimement se sentir participants de la mission éducative d’ensemble, poursuivie dans leur propre institution ».

Se dire lasallien aujourd’hui, c’est suivre un itinéraire dynamique qui comprend des expériences telles que : le service des pauvres, la vie de foi, l’appartenance à une communauté éducative tel que la nôtre et l’ouverture universelle. Car comme vous le savez les œuvres de la Congrégation des Frères des Ecoles Chrétiennes, c’est, comme nous l’avons déjà signifié près 78 pays à travers le monde. Avec plus de 90 000 éducateurs et collaborateurs laïcs. Rien que pour notre province, c’est trois pays (le Cameroun, le Tchad et la Guinée Equatoriale) avec plus de 500 collaborateurs dans l’ensemble.

C’est dans une telle logique que notre communauté éducative pourrait trouver une pertinence renouvelée dans le contexte actuel où l’on hésite entre le repli individualiste et le repli identitaire. Elle peut être également une réponse au désir d’appartenance que se manifeste aujourd’hui chez de nombreuses personnes. Ne serait-il pas intéressant de manifester cette pertinence, en particulier en montrant comment elle est normalement le fruit d’une construction commune : vivre en communauté éducative situe chacun de nous comme acteur et partenaire ; l’identité lasallienne est le fruit d’une démarche communautaire orientée vers un projet. Cela peut être source d’une dynamique stimulante pour tous.

Si nous avons évoqué jusqu’ici le cas en exemple qui semble directement liés aux collaborateurs directs du chef d’établissement que nous avons pu relever jusque-là, nous n’oublions pas non plus le cas des enseignants se comportant en mercenaire dans notre établissement. Je pense notamment à ceux et celles qui au lieu d’assumer leurs heures de cours en toute responsabilité, sont affairés à ne rien faire ; abandonnant les élèves dès lors qu’il leur revient d’assumer les heures de cours qui leurs sont destinés, raquettant au passage les parents d’élèves au motif de préparer leurs enfants pour les examens de fin d’année ; exigeant des enfants dont ils ont la charge d’accompagner bouteille de bière et autres cadeaux. Il nous semble que ceux qui se comportent de cette manière n’ont pas de place au sein de l’école La Salle.

L’enseignant lasallien tel que nous le souhaitons pour chacun d’entre nous et dans l’intérêt éducatif des jeunes que nous avons en charge pour les aider à construire leur avenir, consiste à promouvoir l’héritage du fondateur des Frères des Écoles Chrétiennes, Jean-Baptiste de La Salle en s’appuyant sur 8 attitudes éducatives fondamentales :

• L’éducateur lasallien porte attention à tous ses élèves, et particulièrement à ceux qui sont le plus en difficulté.

 • L’éducateur lasallien s’efforce de bien connaître ses élèves et leurs besoins.

• L’éducateur lasallien cherche à vivre la cohérence entre ce qu’il dit et ce qu’il fait.

• L’éducateur lasallien se met à la portée de ses élèves.

• L’éducateur lasallien se comporte comme un guide vigilant à l’égard de ses élèves.

• L’éducateur lasallien recherche un équilibre entre douceur et fermeté dans sa relation aux élèves.

• L’éducateur lasallien met son travail et ses élèves entre les mains de Dieu.

• L’éducateur lasallien veut révéler Jésus-Christ.

C’est n’est qu’en vivant ces attitudes que nous pouvons prétendre être lasallien car c’est par nous que cet esprit lasallien devrait passer et contribuer aussi à « pérenniser la tradition éducative lasallienne », comme le souligne Daniel Dussaillant, qui est chargé de l’animation et de la formation du personnel laïcs dans le réseau lasallien du District de France et de l’Europe francophone. Cette tradition éducative, il la définit selon trois axes : « l’ouverture à tous, prioritairement aux plus démunis ; le travail en équipe en développant la culture d’appartenance au réseau lasallien, la proposition de l’Évangile dans le respect des différences ».

  • Devenir lasallien ou être lasallien aujourd’hui, c’est appartenir à une communauté éducative

Être Lasallien, par définition, c’est appartenir à une communauté et s’engager au sein de cette même communauté dans une tâche commune. De ce point de vue, on comprend que le nœud qui soutient la construction de la mission dans l’école la Salle est et sera toujours la communauté ; car c’est à partir de la communauté que l’on devient sel et lumière. De La Salle en a pris conscience dès le début. Voilà pourquoi on parle de la communauté comme l’une des grandes intuitions du Fondateur et des premiers Frères. Plusieurs projets semblables à ceux de Jean-Baptiste de La Salle ont échoué car ils n’étaient pas fondés sur la communauté. C’est la communauté qui éduque, qui renforce ses membres, qui prend soin des faibles et nourrit leur esprit ; c’est la meilleure garantie pour répondre aux plus grands défis imaginables. Ce que nous disons là devrait être l’orientation qui sous-tend notre mission, notre discours envers les élèves et envers leurs parents devra refléter une certaine cohérence. Si chaque responsable administratif, chaque enseignant tient un discours différent en ce qui concerne la discipline, le travail académique ou tout simplement de l’enseignement éthique que nous devons communiquer à nos élèves ou aux personnes qui viennent vers nous pour tout renseignement, vous comprenez que nous laisserons tout simplement transparaître notre incohérence et notre divergence aux personnes externes.

Être lasallien c’est se laisser mouler par les deux facettes de l’engagement lasallien que sont la communauté et la mission. La communauté est pour la mission et la mission crée la communauté ; l’une ne peut aller sans l’autre. C’est ce que les documents lasalliens ont affirmé dès le début. C’est grâce à cette conviction, que l’impact de la mission que nous portons et partageons peut s’avérer pertinente et spectaculaire. Ensemble, nous pouvons être une véritable force de transformation sur les jeunes que nous accompagnons et au-delà, de notre société. D’ailleurs ce qui justifie pourquoi « l’éducation lasallienne s’inspire d’une spiritualité fondée sur la foi, la fraternité et le zèle ardent ». Ces trois valeurs sont significatives et pertinentes pour le monde d’aujourd’hui. Cependant, je voudrais que nous puissions nous arrêter sur le sens donné à la foi, la fraternité et le zèle qui, dans cette maison nous semble un peu fragilisé par la formation de groupuscule tel que nous avions évoqué plus haut.

  • La fraternité

Il est indiqué dans la Déclaration sur la mission éducative lasallienne que « la fraternité acquiert des connotations essentielles dans un monde individualiste et indifférencié. L’éducation lasallienne, bien qu’elle ait mis l’accent sur la dimension communautaire, n’a pas été exempte d’un certain narcissisme »[4] ; comme on peut l’observer dans l’univers du collège ici ; le moi d’abord, le nous (groupe du village) est très prononcé pour un certain nombre parmi nous. Ainsi un certain nombre de personnes parmi nous veulent faire régner sur le collège un groupe de pression soit par l’appartenance ethnique ou par la voie de la MEL ; comme si appartenir à ce dernier groupe leur donnait une prééminence ou un avantage sur les autres. (En passant appartenir à la MEL un vœu que les Frères souhaitent pour chacun des personnes avec qui ils partagent la mission dans nos différents œuvres). Et dont considérer sa présence ou son appartenance à ce groupe comme étant un moyen pour bénéficier d’un quelconque privilège ou même pour narguer les autres, est très malsain. Dans ce type de contexte, on perd le bon sens, et on s’accroche sur des particularismes qui n’ont rien à voir avec la mission qui nous incombe dans l’école. Tient voyons par exemple un responsable veut faire un reproche à un collaborateur ou collègue au lieu de s’adresser directement au concerne et sur un motif objectif, il passe par une voie de détours en employant le terme « je m’adresse à toi au sujet de tel collègue par ce que c’est « le village » ; que vient faire le village dans une remarque ou suggestion que vous voulez adresser à un tel ? ou encore nous sommes de la MEL et par conséquent, c’est à nous qu’il revient si ou ça. Pour ma part, que toute ces personnes qui agissent de la sorte se détrompent. Car ils donnent à ceux qui sont appelés à discerner de ne pas leur faire confiance.  

Notre fraternité doit plutôt se manifester indifféremment ; par exemple lorsque nous partageons notre table et notre chemin, non seulement en cercle fermé avec ceux qui croient et pensent comme nous, mais surtout avec ceux qui pensent différemment, qui n’appartiennent pas à nos cercles villageoises, dont les options religieuses sont différentes ou inexistantes, avec ceux qui nous contredisent et nous remettent en question, et ceux avec qui, malgré tout, nous pouvons aussi avoir des rêves communs. On trouve plus facilement les voies de l’innovation dans l’oppositions des idées que dans les milieux où prévalent l’auto-référence et les éloges mutuels. Adopter une telle attitude répond bien à l’appel du Pape François qui nous invite à dépasser les frontières pour dialoguer avec ceux qui pensent différemment. En cela on voit bien comment la fraternité lasallienne peut s’exprimer dans notre vision d’une communauté éducative et dans l’école.

  • La foi.

Si nous évoquons la fraternité comme un moyen d’expression dans la mission qui est la nôtre dans l’école, nous ne devons pas perdre de vue que celle-ci est commandée par la foi. Cette dernière nous renvoie non seulement à une relation avec Dieu qui agit comme un « maître », mais elle génère également une relation éducative caractéristique et différenciatrice. Aujourd’hui, l’esprit de foi exige une dynamique personnelle et communautaire, en cohérence avec la médiation éducative, pour créer la confiance en soi, en l’autre, en l’humanité, et développer la conscience de la présence continuelle de Dieu (je parlerais simplement même de l’être suprême), que nous pouvons contempler dans l’action éducative. La foi traduit tout simplement le fait que nous devons mettre nos jeunes et nos enfants au centre de l’action éducative que nous menons.

Les frères Miguel Campos et Michel Sauvage parlent de « la foi comme le fondement d’une espérance qui se traduit par l’engagement ». La foi du lasallien s’exprime comme étant une foi active et engagée, « hors » du calme de nos communautés religieuse et des zones de confort de nos missions. C’est aussi une foi qui cherche, une foi qui risque, une foi qui s’engage, une foi qui découvre Dieu dans les vicissitudes de l’histoire et trouve Jésus-Christ dans les nouvelles périphéries et dans les visages des exclus et des laissés-pour-compte.

Disons que quand nous faisons référence à la foi, il ne s’agit pas uniquement d’une référence à celle du monde catholique ou même du monde chrétien mais davantage à celle qui ouvre l’ensemble du monde Lasalliens à la rencontre des enfants, des jeunes et des adultes pauvres qui manquent de soutien pour mener une vie humaine digne. Ceci veut dire que les Lasalliens d’autres confessions religieuses ou non-croyants disent leur « foi » en exprimant leur humanité commune en s’adressant aux jeunes et aux enfants pour leur offrir divers types de soutien afin d’améliorer leur situation.

  • Le zèle

Si la foi nous met en situation face aux jeunes et aux enfants, elle nous ouvre au zèle. C’est quoi le zèle ? avoir du zèle, c’est être avoir de la passion pour le métier que nous pratiquons ; c’est faire parti d’une mission en laissant transparaître l’engagement et la joie qui nous permet de « toucher les cœurs ». Ouvrons une parenthèse pour comprendre ce que la salle met dans le terme « toucher les cœurs », cette expression résume le but ou la finalité de la mission éducative lasallienne qui n’est autre chose que le salut des élèves ou simplement l’épanouissement des élèves et comment rendre ce salut ou cet épanouissement possible ? c’est tout simplement en se laissant convertir cette expression que De La Salle qualifie de don et voilà pourquoi il dit dans une de ses méditations à l’endroit des frères et des lasalliens « vous exercez un emploi qui vous met dans l’obligation de toucher les cœurs ; vous ne le pourrez faire que par l’Esprit-Saint. Priez Dieu qu’il vous fasse aujourd’hui la même grâce qu’il a faite aux saints Apôtres, et qu’après vous avoir remplis de son Esprit pour vous sanctifier, il vous le communique aussi pour procurer le salut des autres ». Aussi toucher les cœurs, c’est montrer des horizons, c’est-à-dire conduire vers des nouveaux chemins ; susciter des rêves chez nos jeunes et enfants ; bref c’est participer en ce qui nous concerne comme guide de nos jeunes gens à des processus éducatifs qui ouvrent les portes aux opportunités, contribuent à la construction de l’équité et renforcent l’éthique et la démocratisation de notre sociétés.

L’intégrité, le témoignage, la profondeur, la vision, le respect, la tendresse, le zèle ardent, la foi et l’espérance doivent toujours rester comme vertus qui caractériseront notre personne dans le métier que nous accomplissons. Utilisons toutes ses vertus, il nous permet de tracer des chemins, d’encourager les rêves, de montrer des horizons, d’accompagner les jeunes gens vers la conquête de l’autonomie. Le résultat de toutes ces actions participe de la croissance personnelle des jeunes, le renforcement de leurs capacités personnelles et les ouvre à la solidarité.

C’est en raison de cette vision que De La Salle a conçu l’enseignant ou l’éducateur comme un frère aîné, un ange gardien, un ministre de Jésus-Christ, un modèle à suivre, un reflet de la transcendance et de la profondeur, et un inspirateur d’opportunités et de projets. Notre relation éducative avec les jeunes devrait génère la vie, façonne le caractère, facilite l’apprentissage, construit la fraternité et renforce la vocation personnelle de chaque enfant et jeune que nous éduquons.


L’expression « héritage lasallien » fait référence aux intuitions fondatrices de l’œuvre éducative initiée par Jean-Baptiste de La Salle et par la première génération d’hommes qui se sont réunis autour de lui pour fonder le groupe qui, dans l’histoire, est connu sous le nom de Frères des Écoles Chrétiennes. Ce mouvement éducatif, fondé en France il y a 340 ans, est guidé aujourd’hui par des personnes de pays et de cultures très divers.